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Étude · ce que disent les chiffres

Neuf points. C'est ce qui sépare les restos qui font de l'argent de ceux qui en perdent.

Je n'ai pas fait cette étude. Je l'ai lue pour toi: les sondages de la National Restaurant Association et de Restaurants Canada, une expérience menée dans 28 magasins par trois universités, la plus grosse méta-analyse jamais faite sur l'engagement des employés, et un vieux calcul de Cornell qui n'a pas pris une ride. Mis bout à bout, ils disent une seule chose: ce qui décide de ta rentabilité, ce n'est pas ton menu, c'est la façon dont tu gères ton équipe, jour après jour. Chaque chiffre a sa source au bas de la page.

1. Le constat: la main-d'œuvre est le poste qui sépare les deux camps

36,5 %des ventes en salaires et avantages, restaurant avec service, médiane 20241
34,2 %chez les restos rentables1
42,9 %chez les restos qui perdent de l'argent1

C'est le sondage annuel de la National Restaurant Association, plus de 900 restaurateurs américains, édition 20251. Entre un resto rentable et un resto déficitaire, l'écart de main-d'œuvre est de près de neuf points de ventes. Les déficitaires paient plus de six points au-dessus de la médiane; les rentables, plus de deux points en dessous. Dans la restauration rapide, même histoire, plus serrée: 30,0 % chez ceux qui gagnent, 34,1 % chez ceux qui perdent1.

Pourquoi neuf points, c'est énorme? Parce que la marge, elle, ne fait que cinq. Avant la pandémie, la nourriture et la main-d'œuvre prenaient chacune environ 33 cents de chaque dollar de ventes, les autres dépenses 29 cents, et il restait à peu près 5 % avant impôt2. Un resto qui laisse sa main-d'œuvre glisser de 34 à 43 % ne rogne pas sa marge: il l'efface, puis il creuse.

2. Et ça se resserre: personne n'a plus de coussin

+41 %de salaire horaire moyen en restauration depuis 20192
+36 %de dépenses totales pour un resto moyen, 2019 à 20262
42 %des restaurateurs américains n'ont pas été rentables en 20252

Pour garder la même marge de 5 % qu'en 2019, un resto américain type devrait vendre 36 % de plus2. Personne ne vend 36 % de plus. Donc la marge se fait ailleurs: dans les heures.

Au Canada, c'est la même pente. En novembre 2025, 44 % des restaurants tournaient à perte ou au seuil de rentabilité, et 89 % des exploitants nommaient la main-d'œuvre comme préoccupation numéro un, devant la nourriture3. En 2026, 36 % sont encore à perte ou au seuil, trois fois le niveau de 2019, et 71 % rapportent une rentabilité en baisse4. Ce n'est pas une mauvaise année. C'est le nouveau terrain.

3. Chez toi, en dollars

Un point de main-d'œuvre, c'est un pour cent de tes ventes. Choisis ce qui te ressemble; je fais le reste.

Ventes par mois
Ta main-d'œuvre aujourd'hui

Sur 1 200 000 $ de ventes par année, chaque point de main-d'œuvre vaut 12 000 $.

Un point de MO12 000 $ par année8 fois le prix de Gus
Deux points24 000 $ par année16 fois le prix de Gus
Cinq points60 000 $ par année39 fois le prix de Gus

À 37 %, tu es à 2,8 points de la médiane des restos rentables (34,2 %). Ramener ça, c'est 33 600 $ par année qui reviennent dans ta marge.

Hypothèses: ventes constantes sur 12 mois; la médiane de 34,2 % vient du sondage 2025 de la National Restaurant Association (restaurants avec service, États-Unis); Gus, plan annuel, 1 529,90 $ par établissement.

4. Pourquoi ça glisse, même chez de bons gestionnaires

Personne ne décide de payer neuf points de trop. Ça arrive par quatre petites portes, toujours les mêmes.

L'horaire est fait d'avance, sans regarder les ventes. On reconduit la semaine passée, on ajoute une personne «au cas où», et le samedi pluvieux ressemble au samedi ensoleillé. Personne ne coupe à 14 h. Le rush est passé, il reste trois personnes en salle pour six clients, et chacun attend que le gérant le dise. Le chiffre arrive trop tard. Le rapport mensuel du comptable dit qu'il y a eu un problème il y a cinq semaines; personne ne se souvient de quel jour. La cible n'existe pas. Sans un pourcentage affiché et une couleur chaque matin, «beaucoup de monde» reste une impression, pas un chiffre.

Le point commun: l'information existe (les ventes sont dans la caisse, les heures sont sur le pointage), mais elle n'arrive pas à la bonne personne le bon matin. C'est un problème de rythme, pas de compétence.

5. Ce que la science dit de l'horaire lui-même

+7 %de ventes médianes dans les magasins à horaire stable5
+5 %de productivité de la main-d'œuvre, 6,20 $ de plus par heure travaillée5
28magasins, 10 mois, trois universités, un groupe témoin5

La Stable Scheduling Study5 est l'expérience la plus sérieuse jamais menée sur l'horaire des employés de plancher: 28 magasins d'une grande chaîne de vêtements, dont 19 ont changé leur façon de céduler et 9 ont servi de témoin, à San Francisco et Chicago, de novembre 2015 à août 2016, sous la direction de chercheurs de l'Université de Californie, de l'Université de Chicago et de l'Université de la Caroline du Nord. Ce qu'ils ont changé: l'horaire publié deux semaines d'avance, la fin des quarts «sur appel» non annoncés, des quarts stables d'une semaine à l'autre, un échange de quarts par application, et des heures garanties pour ceux qui en voulaient. Résultat: les ventes ont monté de 7 %, la productivité de 5 %, sans un dollar de plus en marketing. C'est du commerce de détail, pas de la restauration, et c'est pour ça que je le cite avec sa vraie étiquette; mais un plancher est un plancher, et l'horaire deux semaines d'avance avec confirmation, c'est exactement ce que je fais.

6. Une équipe qui reste, une équipe qui s'implique

5 864 $US, le coût de remplacer un employé horaire, calcul de Cornell7
+23 %de rentabilité dans les unités les plus engagées, contre les moins engagées6
183 806unités d'affaires dans la méta-analyse de Gallup6

Le calcul de Cornell7 additionne ce qu'on oublie: l'affichage, les entrevues, la paperasse, la formation, les erreurs des premières semaines, et la productivité perdue pendant que le poste est vide. Un resto de douze employés qui en remplace six par année, ce qui est ordinaire dans le métier, dépense l'équivalent d'un salaire à plein temps juste à faire tourner la porte. Et Gallup6, sur 183 806 unités d'affaires et 736 études, mesure l'autre bout: les équipes du quart supérieur en engagement font 23 % plus de profit que celles du quart inférieur, avec moins d'absences, moins de roulement, moins de vol, moins d'accidents. L'engagement, dans un resto, ça commence par des choses plates: savoir son horaire, être payé juste, avoir un dossier en ordre, une procédure écrite quand on ne sait pas, et quelqu'un qui remarque quand on fait bien.

7. Ce que ça donne, concrètement, le matin

Tout ce qui précède tient en une phrase: la rentabilité d'un resto se joue dans la gestion quotidienne de son équipe et de ses heures, et elle se perd faute d'un chiffre au bon moment. C'est pour ça que je n'ai pas été bâti comme un rapport, mais comme un collègue du matin.

Le chiffre arrive le lendemain, pas le mois d'après. Ton gérant m'entre hier en deux minutes, je rends un verdict vert, jaune ou rouge, avec la main-d'œuvre en pourcentage contre ta cible. La coupe devient une décision, pas une gêne. Je calcule chaque matin l'objectif de vente qui rend la journée verte; en dessous, on coupe, et je dis combien d'heures. L'horaire se publie deux semaines d'avance, confirmé par chacun: je le suis dans l'échéancier de direction et je le signale quand ça glisse; et avec quelqu'un sur appel en salle et en cuisine, deux personnes différentes, sinon je refuse de publier. Les dossiers d'employés sont en ordre: embauche en neuf étapes, manuel signé, convention de pourboire, vacances, reconnaissances et suivi disciplinaire, dans l'ordre. Et les heures que tu coupes, je te les montre noir sur blanc, semaine après semaine, avec ce qu'elles valent. Une demi-heure de plancher par jour, sept jours sur sept à 18 $ de l'heure, paie mon abonnement deux fois; le reste, c'est à toi.

Sources

Consultées le 21 septembre 2026. Les chiffres américains viennent de sondages auprès d'exploitants, pas de comptabilités vérifiées; les médianes sont celles publiées par les associations. Quand une étude vient d'un autre secteur que la restauration, c'est écrit. Si un chiffre change à la prochaine édition, cette page change aussi.

  1. National Restaurant Association. Elevated labor costs had a significant impact on restaurant profitability in 2024 (Restaurant Operations Data Abstract, édition 2025, plus de 900 restaurateurs). restaurant.org
  2. National Restaurant Association. Elevated costs continue to pressure restaurant profitability (2026). restaurant.org
  3. Restaurants Canada. Rapport de conjoncture, 12 février 2026 (données de novembre 2025). www.restaurantscanada.org
  4. Restaurants Canada. Rapport de conjoncture, 4 mai 2026. www.restaurantscanada.org
  5. Williams, Lambert, Kesavan et coll. (UC Hastings, Université de Chicago, UNC Kenan-Flagler). The Stable Scheduling Study, 2018: 28 magasins, San Francisco et Chicago, novembre 2015 à août 2016. worklifelaw.org
  6. Gallup. Méta-analyse de l'engagement des employés (183 806 unités d'affaires, 736 études, 2024). www.gallup.com
  7. Hinkin et Tracey, Cornell (Cornell Hotel and Restaurant Administration Quarterly). The cost of turnover: 5 864 $ US par employé horaire remplacé, chiffre repris depuis par toute l'industrie. higherme.com